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Le Schéma de Transition Energétique et Ecologique de Clermont Métropole face au “passage à l’opérationnalité”

Initié en 2018, le “STEE” doit faire l’objet d’un point d’étape en 2022. Aperçu de ses enjeux, freins et avancées avec Nathalie Bejot-Seeboth et Violaine Magne, qui le coordonnent.


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Mon ressenti

Le Schéma de Transition Energétique et Ecologique [STEE] de Clermont Métropole est un véritable document-cadre pour toute la politique environnementale de la collectivité. A ce titre, et selon sa vocation initiale – résumée ci-dessous par Nathalie et Violaine – il se veut transversal et consensuel.

Vous savez sans doute que je poursuis une série d’entretiens avec les maires des communes de Clermont Métropole, le “Grand Tour”, accessible ici. Or, “Tous les élus n’ont pas la même sensibilité” nous dit Nathalie : en effet, il est intéressant de noter que, à chaque fois que j’aborde le sujet de la transition écologique de manière très large et ouverte, les élus ont chacun un angle qui leur est propre. Certains pensent d’abord transition énergétique, d’autres nature en ville, d’autres résilience et plan de sauvegarde, d’autres ceinture maraîchère …

La transition écologique est un marathon, et, comme Violaine et Nathalie le reconnaissent en fin d’entretien, “rien ne se fera sans acceptation sociale”. L’histoire du STEE, qui est toujours en cours d’écriture, revient au dualisme constant entre urgence écologique (donc besoin de mesures rapides et efficaces) d’une part, et démocratie (donc prise en compte des attentes de la population) d’autre part. Le STEE permet d’avancer, mais lentement. Sans doute ne peut-on faire autrement compte tenu de la diversité des acteurs au sein de Clermont Métropole.

Damien

Les principaux points à retenir

  1. Le Schéma de Transition Energétique et Ecologique [STEE] est la feuille de route de la politique énergétique et environnementale de Clermont Auvergne Métropole. Elaborée en 2018, voté en 2019, ce document s’applique jusqu’en 2025 avec un point d’étape en 2022. Il s’agit en fait d’une obligation légale depuis la loi Transition Energétique de 2015 qui oblige toute communauté de commune de plus de 20 000 habitants à se doter d’un tel document. L’originalité du STEE est qu’il ne se limite pas aux enjeux climat-air-énergie mais aborde les autres aspects de la transition écologique.
  2. Elaboré et animé par Nathalie Bejot-Seeboth et Violaine Magne du service Développement Durable de la Métropole, le STEE implique de faire un état des lieux dans tous les domaines concernés, qui donnent ensuite lieu à de nombreuses fiche-actions pour apporter des éléments de réponse. Selon Nathalie, la problématique réside surtout dans le passage à l’échelle, donc à l’atteinte d’un certain rythme dans la transition. Certaines réussites sont déjà en bonne voie, comme le schéma cyclable passé de 200 000 € à presque 3 millions par an. Pour Violaine, le STEE apporte des objectifs “clairs et ambitieux“, qui remplissent le rôle de feuille de route : une aide à la structuration de l’action.
  3. L’accueil des publics concernés est variable. Les élus sont globalement sensibilisés aux enjeux environnementaux, notamment via des serious games comme les Fresques du Climat ou Destination TEPOS – organisés par Violaine et Nathalie. Le STEE est effectivement considéré en transversal dans tous les documents cadre de la Métropole, mais les maires ont tous des sensibilités différentes, reflet des opinions des populations. Le STEE fonctionnant sur un principe de consensualisme, il faut parfois trouver le plus petit dénominateur commun pour avancer, reconnaissent Nathalie et Violaine.
  4. Pour les agents des collectivités, l’accueil est très favorable – plusieurs services venant prendre conseil auprès du Développement Durable sur les meilleures manières de faire face au dérèglement environnemental (comme avec la lutte contre les îlots de chaleur). Enfin, les citoyens ont été consultés depuis 2017 : il s’avère que le STEE, depuis, n’a pas amélioré son taux de reconnaissance, mais que les attentes des gens peuvent être très éloignées de la transition écologique. Globalement, le lien n’est pas toujours fait entre les comportements individuels et leur impact climatique, même si les gens ne sont plus climato-sceptiques. L’action individuelle n’est pas vue comme un levier de changement positif.
  5. Comment changer l’opinion des citoyens ? Nathalie et Violaine y travaillent, par des actions auprès des scolaires, aussi via de nombreux partenaires locaux – comme des associations, des naturalistes, etc. Ces structures peuvent être mieux perçues du grand public quand il s’agit de parler transition écologique, et elles sont souvent leurs réseaux qui leur sont propres. Du coup, le rôle des animatrices du STEE sera de mettre ces structures en relation.
  6. En 2022, le point d’étape consistera à factualiser les avances réalisées, et à les placer en perspective avec les objectifs. Egalement, à analyser les leviers d’action, les freins, et les possibilités de mise à jour d’une partie du STEE – pour des raisons scientifiques autant que législatives ou réglementaires. Enfin, certains sujets évoluent fondamentalement : Violaine cite l’exemple de la production photovoltaïque, axée sur l’équipement de toitures au début du STEE et qui évolue davantage vers des centrales au sol sur des “délaissés”.
  7. Au final, le travail de Nathalie, de Violaine et de leurs équipes, consiste à “négocier” la progression et l’adaptation du STEE en fonction des attentes des populations, des associations militantes et des élus ; autrement dit, de faciliter l’émergence d’un consensus. Et de savoir où placer les bons curseurs.

L’intervenante : Nathalie Bejot-Seeboth

Directrice Développement Durable et Energie au sein de Clermont Auvergne Métropole


Polytechnicienne, et formée en Génie rural, eaux et forêts, Nathalie s’engage auprès des collectivités territoriales dès 2007. Tout d’abord en charge des sujets énergie et patrimoine au Conseil Régional d’Auvergne – jusqu’en 2016 – elle devient responsable de la mission “écologie urbaine, énergie et environnement” à la ville de Clermont-Ferrand … puis, très vite, rejoint Clermont Auvergne Métropole en tant que directrice Développement Durable et Energie, en septembre 2016.

A ce poste, elle coordonne l’ensemble de l’équipe du service, et assure la préparation et le lancement du Schéma de Transition Energétique et Ecologique [STEE] en 2018-2019.

Contacter Nathalie par courrier électronique : nbejotseeboth [chez] clermontmetropole.eu

Crédit photo : Damien Caillard, Tikographie

L’intervenante : Violaine Magne

Cheffe du service Climat, Stratégie et Animations à Clermont Auvergne Métropole et à la Ville de Clermont-Ferrand


Après plusieurs années en tant que journaliste (formation ESJ Lille) puis au Conseil Départemental du Puy-de-Dôme sur les sujets de développement durable, Violaine rejoint Clermont Auvergne Métropole en 2012. Elle y prend en charge les sujets liés au Plan Climat Air Energie Territorial [PCAET], rendus obligatoires par la loi, mais aussi les démarches Territoire à Energie Positive [TEPOS] et Cit’ergie, un outil destiné aux collectivités qui souhaitent contribuer activement à améliorer leur politique énergétique durable, en cohérence avec des objectifs climatiques.

Responsable du service Stratégie et Animations au sein de la Direction du Développement Durable, Violaine coordonne le Schéma de Transition Energétique et Ecologique de la Métropole. Elle travaille sur la sensibilisation des publics concernés, le lien avec les élus et les agents des collectivités, et les partenariats territoriaux.

Contacter Violaine par courrier électronique : vmagne [chez] clermontmetropole.eu

Crédit photo : Damien Caillard, Tikographie


Le Schéma de Transition Energétique et Ecologique [STEE] de la Métropole est assez méconnu … de quoi s’agit-il ?

Nathalie : c’est le document-cadre de toute notre politique énergétique et environnementale, depuis 2018. Il est issu de la volonté d’Olivier Bianchi, président de Clermont Auvergne Métropole (et auparavant président de la communauté d’agglomération Clermont Communauté), qui souhaitait “remettre à plat” la stratégie environnementale du territoire, au moment de la transformation de Clermont Communauté en Métropole en 2017. 

Son analyse était que la politique environnementale était “sédimentée” par le temps et manquait de transversalité : l’objectif était alors de mettre plus de sens et de cohérence dans les actions que nous menions. 

Lire l’entretien avec Olivier Bianchi : “Corriger ce qu’on peut, préparer la gestion de crise”

De plus, la loi de 2015 pour la Transition énergétique avait modifié le cadre des Plans Climat Air Energie Territoriaux [PCAET], en en faisant un outil de planification à l’échelon intercommunal. Concrètement, cela veut dire que les communautés de communes, communautés d’agglomération, communautés urbaines et métropoles de plus de 20 000 habitants – contre 50 000 avant 2015 – doivent se doter d’un tel document.

[En 2018], l’objectif du STEE était de mettre plus de sens et de cohérence dans les actions que nous menions

Nathalie Bejot-Seeboth

C’est pourquoi, quand l’agglomération clermontoise s’est lancée dans ce travail, elle a choisi de le faire sous forme du Schéma de transition énergétique et écologique (STEE). Ce dernier a été préparé jusqu’en 2018, élaboré avec les services des collectivités, les partenaires et les citoyens, puis adopté début 2019, pour 6 ans. Cette année, en 2022, il est prévu un point d’étape très important.

Quel est le contenu de ce document ?

Nathalie : déjà, il est très transversal, et même holistique : la commande politique consistait à faire un tour à 360 degrés des enjeux liés à l’environnement et à l’énergie. Du coup, le STEE aborde aussi bien le bilan carbone que la question de l’eau, de la qualité des sols ou de la biodiversité.

Violaine : nous sommes d’ailleurs la seule métropole en France à disposer d’un tel document qui dépasse le PCAET – consacré uniquement à la qualité de l’air, à l’énergie et aux émissions de gaz à effet de serre. Et on en voit la pertinence aujourd’hui : tous ces sujets sont liés entre eux, on ne peut pas les aborder séparément.

Nous sommes la seule métropole en France à disposer d’un tel document

Violaine Magne

Nathalie : la loi de 2015, qui définit les PCAET – à la base du STEE – demande à ce que son élaboration s’appuie sur un “diagnostic technique” du territoire. Cela nous oblige à faire un état des lieux dans ces différents domaines (consommation et production d’énergie, émissions de gaz à effet de serre, pollutions atmosphériques…). C’est ce que l’on trouve dans le STEE, et qui a permis ensuite de définir des objectifs locaux et plusieurs dizaines de “fiches-action” pour répondre aux différents enjeux.

La variété du territoire de Clermont Métropole, qui mêle zones densément peuplées et ruralité, plaine et moyenne montagne, différencie fortement les ressentis des différentes communes face au dérèglement environnemental / Image par djedj de Pixabay

Selon vous, quel est l’apport principal du STEE dans la lutte contre le dérèglement environnemental et climatique ?

Nathalie : je dirais que les solutions sont globalement connues … mais qu’il faut les faire passer à l’échelle. C’est une question de volume et de rythme. Par exemple, sur l’isolation des logements, on avance à environ 500 rénovations par an, quand il faudrait en réaliser 4000 pour être “dans les clous” des objectifs de lutte contre le changement climatique !

Ce n’est donc pas toujours facile, et nous sommes constamment en recherche d’équilibres. Mais il y a de vraies avancées : ainsi avec le schéma cyclable. Il y avait une “politique cyclable” sur la Métropole auparavant, avec un budget moyen de 200 000 € par an. Aujourd’hui, on a dédié 31 millions d’euros en moins de 10 ans au sujet ! Parce qu’on est aussi passé à une autre échelle, celle des liaisons inter-urbaines.

Les solutions sont globalement connues … mais il faut les faire passer à l’échelle

Nathalie Bejot-Seeboth

Violaine : dans les précédentes politiques environnementales, on faisait “un peu de tout”. Avec le STEE, nous avons des objectifs clairs et ambitieux, et on sait pourquoi on y va. Ça nous aide à structurer notre travail, mais ça fait aussi émerger plus de difficultés. Simplement parce qu’on est dans une logique d’accélération.

Justement, parmi les résistances, quel est l’accueil des élus de Clermont Métropole face au STEE ?

Nathalie :  Ils ont conscience des évaluations de plus en plus alarmistes du GIEC, et savent que l’action locale peut permettre d’avancer sur ces sujets.

Au début du processus d’élaboration, nous les avions ainsi sensibilisés aux enjeux environnementaux et énergétiques par différentes activités. Outre les Fresques du Climat, nous avions organisé des séances avec un serious game appelé “Destination TEPOS” [Territoire à Energie POSitive]. Imaginé par l’association Négawatt, il permet de simuler la manière dont un territoire réduit ses émissions de gaz à effet de serre, en isolant des logements, en diminuant le trafic routier … 

Une partie du jeu “Destination TEPOS”, où les participants placent des cartes avec pour objectif de devenir un “Territoire à Energie Positive”. L’enjeu est surtout de réaliser, de manière ludique et pédagogique, les étapes … et les difficultés pour y parvenir. / Crédit visuel : Negawatt-Cler (DR)

Violaine : c’est un jeu de cartes, qui permet aux participants de se questionner sur ce qui sera facile … et ce qui sera plus difficile pour atteindre la neutralité carbone. A titre d’exemple, il faudrait “jouer” 12 cartes pour être à l’objectif TEPOS dans le domaine de l’habitat. Dans le jeu, les élus, même très volontaires, parviennent à poser 6 ou 7 cartes, parce qu’après ils estiment que ce n’est pas réaliste. Cela montre l’ambition du changement nécessaire, et permet de mettre des éléments quantitatifs dessus.

La transition écologique (et énergétique) est-elle donc bien acceptée parmi les élus du Conseil Métropolitain ?

Nathalie : c’est un objectif porté par notre président et inscrit dans la programmation des investissements prévus sur le mandat. De plus, on en parle très régulièrement : le STEE et ses mesures font souvent l’objet de débats dans les bureaux métropolitains ou en commission environnement. On y parle des avancées, des points de blocage … on constate qu’il y a de vraies évolutions, notamment sur la voiture en ville, le vélo, la renaturation. Même si la réalité et les besoins du cœur métropolitain et de certaines communes moins densément peuplées ne sont pas les mêmes.

Lire l’entretien : A Lempdes, Henri Gisselbrecht porte “un discours d’économie d’énergies”

Au niveau des choix politiques, tous les élus n’ont pas la même sensibilité. Au fond, cela reflète la diversité des opinions de la population. Or, notre président souhaite une approche consensuelle pour toutes les décisions métropolitaines : cela nous pousse à trouver ce qui relie tout le monde. Parfois, c’est le plus petit dénominateur commun … mais l’important est de parvenir à débattre et à construire ensemble. Il faut composer avec cette diversité.

Tous les élus n’ont pas la même sensibilité. Au fond, cela reflète la diversité des opinions de la population.

Nathalie Bejot-Seeboth

Enfin, nous veillons bien sûr à ne pas déposséder les maires de leurs prérogatives locales. Tout n’est pas géré par la Métropole, de nombreuses décisions impactant la transition énergétique et écologique se jouent à l’échelle de la commune.

Autre public concerné, les agents des collectivités …

Violaine : de ce côté, le STEE est une belle réussite. Dans le sens où il est pris en compte dans toutes les grands documents de planification de la Métropole, comme les opérations d’aménagement, le Plan de Déplacements Urbains, le Plan Local d’Urbanisme Intercommunal, les politiques de l’habitat, le règlement local de publicité… le STEE pose donc de véritables “fondations” pour les politiques de la Métropole.

Le STEE est pris en compte dans toutes les grands documents de planification de la Métropole.

Violaine Magne

La direction du développement durable et de l’énergie incarne de plus en plus le sujet aux yeux de nos collègues. Pour illustrer cette dynamique, les autres services viennent nous consulter sur plusieurs aspects liés à l’environnement. Par exemple, sur les îlots de chaleur urbains : les équipes de la direction de l’aménagement nous ont demandé de travailler avec eux sur la mesure de la surchauffe et des préconisations sur la fraîcheur urbaine.

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Enfin, comment interagissez-vous avec la population ?

Nathalie : dès le lancement du travail sur le STEE en 2017, nous avons mis en place un dispositif dédié de concertation. Nous sommes allées à la rencontre des citoyens, dans différents cadres : bibliothèques, universités, marchés … On parlait de changement climatique en général, mais en questionnant sur le niveau de connaissance, et sur les attentes.

Violaine : également sur les initiatives locales qu’ils connaissaient, ou encore sur leur niveau de consommation énergétique. On a vite vu qu’il s’agissait de sujets compliqués à appréhender pour la majorité des citoyens.

La Rencontre des Transitions 2021 a eu lieu le 6 octobre dans les salons de l’hôtel de ville de Clermont. Objectif : inter-connaissance des acteurs de la transition sur le territoire. L’événement est organisé par Nathalie et Violaine dans le cadre du STEE / Crédit photo : Damien Caillard, Tikographie

Et quels enseignements tirez-vous aujourd’hui de ces échanges avec la population ?

Violaine : pour cette année 2022 de point d’étape, nous refaisons des questionnaires auprès des “citoyennes et citoyens ordinaires” – surtout pas que des gens déjà sensibilisés ! – pour comparer avec 2017. C’est en cours, mais le premier enseignement … est que le STEE n’est toujours pas très connu.

Nathalie : on a aussi constaté les écarts entre ce qu’on pense être nécessaire pour la transition … et les attentes des gens. Par exemple, sur la présence de l’arbre en ville, dans les rues : certains en réclament, mais d’autres disent que ça les gêne, que ça bouche leur vue, que les oiseaux font du bruit et salissent le sol, qu’il y a des feuilles partout en automne … les élus doivent composer avec ces attentes divergentes.

Lire l’entretien : Pour le collectif Arbres Citoyens, “l’arbre en ville est tout bonus !”

Plus globalement, un grand nombre de personnes a encore du mal à faire le lien entre leurs comportements du quotidien, la consommation d’énergie et les gaz à effet de serre associés. Qu’il y ait un changement climatique, que l’activité humaine en soit responsable, c’est bien acté. Mais sur la responsabilité et les leviers d’action de chacun, on en est loin : trop de personnes pensent qu’elles ne peuvent rien changer, que c’est l’industrie, par exemple, qui doit évoluer.

Un grand nombre de personnes a encore du mal à faire le lien entre leurs comportements du quotidien, la consommation d’énergie et les gaz à effet de serre associés

Nathalie Bejot-Seeboth

Heureusement, la demande pour une prise en compte accrue de la transition augmente. C’est générationnel d’une part, et l’actualité nous “sert” d’autre part. Ainsi avec la canicule de 2019, qui a provoqué un déclic sur la prise de conscience. Et n’oublions pas que les élus représentent les citoyennes et les citoyens : ils n’imposeront pas des changements pour la transition si la population n’y est pas prête.

Comment menez-vous des actions de sensibilisation grand public dans le cadre du STEE ?

Nathalie : nous ciblons d’abord les scolaires de la Métropole, dans le cadre d’une politique d’éducation à l’environnement. Il y a plusieurs animations proposées dans le cadre du temps scolaire sur les déchets, l’eau, l’énergie, la biodiversité, par des agents de la métropole ou des structures spécialisées comme le CPIE de Theix. Si les volumétries sont encore faibles, les programmes de l’éducation nationale intègrent de plus en plus l’écologie.

Pour le grand public, nous travaillons beaucoup avec les partenaires locaux, institutionnels ou associatifs. Par exemple, sur la biodiversité, des structures comme la LPO Auvergne, les associations naturalistes, ou le Conservatoire des Espaces Naturels … sont souvent plus efficaces que nous pour toucher les citoyens. 

Lire l’entretien : “La protection de la nature est indispensable … et possible !” insiste Christian Bouchardy

Pourquoi ? Parce qu’ils ont leurs propres réseaux. Et qu’ils bénéficient d’une vraie légitimité historique sur ces sujets : un citoyen qui aura envie d’agir se tournera spontanément vers eux. Notre rôle n’est pas de les remplacer mais de fédérer ces dynamiques, et de mettre en relation. Ces structures, d’un domaine à l’autre, ne se connaissent pas toujours bien.

Nous avançons dans l’année 2022, avec un “point d’étape” du STEE … comment cela va-t-il se passer ?

Violaine : nous allons “factualiser” l’avancée de nos actions par rapport aux attentes des parties prenantes, et par rapport aux objectifs initiaux. Ce travail se fait avec des prestataires extérieurs. Et il n’est pas évident : comment corréler les données observées sur le territoire et les retombées du STEE ? 

Au-delà de ça, il y aura une approche qualitative : quels sont les principaux leviers d’action observés, quels sont les freins qui persistent ou qui émergent, comment y répondre … qu’est-ce qui pourrait aller plus vite …

Nathalie : nous avons déjà parlé des questionnaires en cours auprès de la population. Les partenaires du STEE seront également sollicités : on leur demande ce qu’ils pensent de notre action. Le tout fera l’objet de réunions publiques de présentation à l’automne. Ensuite, nous verrons comment “actualiser” le STEE. Egalement parce que les lois évoluent : il y a une grande loi environnementale par an à prendre en compte !

Lire l’entretien : Alternatiba 63, challenger et partenaire de la transition écologique à la Métropole

Un exemple de sujet sur lequel votre perception a évolué depuis les premiers temps du STEE ?

Violaine : il y a la question du “potentiel ENR” [Energies Renouvelables] sur le territoire. Quelle production énergétique issue de sources renouvelables peut-on générer, à terme, sur Clermont Métropole ?

[En 2022,] nous allons “factualiser” l’avancée de nos actions par rapport aux attentes des parties prenantes, et par rapport aux objectifs initiaux

Violaine Magne

Ici, le cas des centrales photovoltaïques au sol est intéressant. Il y avait un problème d’acceptabilité dès le début, donc on est parti sur l’équipement de toitures. Sauf que ça n’avance pas assez vite : il y a peu de place disponible, les structures porteuses ne sont pas toujours suffisantes, et d’autres usages (végétalisation, solaire thermique) sont en concurrence.

Nathalie : depuis 2018 nous avons affiné notre connaissance du potentiel d’équipement en panneaux photovoltaïques des toitures publiques de la métropole. Au final, de manière réaliste, on pourrait produire … moitié moins que la la seule centrale au sol envisagée à Nohanent ! Sans oublier que ces équipements nécessitent de s’engager sur 20 ans au vu du modèle économique actuel –  lié au tarif d’achat. Mais peut-on “bloquer” un usage bâti pendant 20 ans aujourd’hui ?

La carrière abandonnée de Nohanent, un exemple de terrain “délaissé” sur lequel un projet de centrale photovoltaïque au sol est prévu. Il fait néanmoins l’objet de nombreuses critiques / Crédit photo : Damien Caillard, Tikographie

A l’inverse, les centrales au sol deviennent plus intéressantes financièrement. Notamment parce que l’État a élargi la définition des “zones dégradées”, sur lesquelles on peut les implanter. Pourtant, quand un projet arrive, il est loin de faire consensus. Il y a encore du travail à faire, mais on voit ici le chemin parcouru.

En conclusion, quel est le point le plus délicat dans la conduite d’une stratégie environnementale territoriale ?

Violaine : les objectifs sont hyper ambitieux. C’est nécessaire pour répondre aux enjeux écologiques, mais pourra-t-on y parvenir ? Car le grand sujet est le passage à l’opérationnalité. Et entre des associations très militantes et des citoyens qui tiennent à leur place de parking, il faut trouver la bonne voie …

Notre métier, c’est de faciliter le consensus.

Nathalie Bejot-Seeboth

Nathalie : on ne fera rien sans acceptation sociale. Notre métier, c’est de faciliter le consensus. Souvent, nous nous demandons quel objectif est vraiment atteignable compte tenu de la réalité du terrain. Et jusqu’où est-on prêt à descendre si cela devient compliqué ?

Propos recueillis le 28 mars 2022, mis en forme pour plus de clarté et relu et corrigé par Nathalie et Violaine. Crédit photo de Une : Damien Caillard, Tikographie